Ce qu’il faut retenir du discours d’investiture du Président N’guendet

A l’approche des élections générales prévues le 27 décembre 2020 en Centrafrique, différents partis politiques se sont prononcés en organisant chacun à son tour le congrès ordinaire du parti. C’est un rendez-vous fort qui aboutit généralement à l’investiture du président du parti ou un militant comme candidat à la magistrature suprême. Traditionnellement, le candidat prononce un discours qui est en effet, une déclaration de politique générale. Alexandre Ferdinand N’guendet dit « FAN » ne s’est pas dérogé à cette règle. Il a prononcé un discours de politique générale le 12 septembre 2020 à l’Omnisport de Bangui face à un public estimé à plus de 1500 adhérents. Retour sur ce discours politique d’Alexandre F. N’guendet qui a fait l’effet d’un grand homme politique professionnel acclamé au sommet de sa tribune tout au long du discours.

Par Saint-Régis ZOUMIRI

1. Il donne une place importante aux prochaines élections

Les prochaines élections dans le pays tiennent une place importante pour le président fondateur du Rassemblement Pour la République (RPR). Dans ce pays meurtri par des conflits armés récurrents, l’ancien président du CNT se veut rassurant car dit-il « c’est un appel pressant au changement et au renouvellement des valeurs qui sont au plus profond de notre Peuple meurtri par les différents évènements malheureux qui ont secoué notre pays la République Centrafricaine ». Pour lui, les élections sont le seul moyen pour le peuple de léguer à ses représentants la gestion du patrimoine national et d’attirer le meilleur au service de tous. Il a appelé ses partisans à adopter une attitude républicaine et à croire à l’issue favorable de ces élections qui le porteront au pouvoir. On peut souligner également dans le discours de l’ancien parlementaire l’appel à la culture du sens de l’engagement. Dans notre société, la grande tentation est le repli dans la vie individuelle. Ou alors, c’est de servir une cause ultra spécialisée, détachée de toute considération pour l’ensemble de la société. M. N’guendet se veut favorable à une reconstruction de la conscience collective pour qu’à travers ces élections « nous puissions apporter le vrai changement dans le pays » a-t-il martelé.

2. Vanter le mérite de son parti et hommages à ses militants

Créé le 28 janvier 2013 en pleine crise électorale, le RPR est dans le starting-block de ces échéances électorales prochaines. Dans deux longs paragraphes, teintés de rhétorique de bois et de langue de notable, M. N’guendet s’est illustré en l’homme politique qui sait conjuguer l’esprit d’unité et une vision à long terme. Il a d’abord souligné les phénomènes sociaux contemporains dans lesquels nous sommes plongés quotidiennement et, qui plus est, de les interroger à travers le prisme du changement. Ensuite, il a vivement remercié les militants, hommes, femmes, jeunes…de son parti qui lui ont renouvelé leur confiance en le désignant candidat à la prochaine présidentielle et continuer à remplir les fonctions du Président, cette fois, pour toute la République Centrafricaine « hommage à vous jeunesse du RPR, arbres forts, verdoyants, avenir de notre lutte, mobilisée à jamais pour le changement. Hommage à vous femmes du RPR, braves branches de nos verdoyants arbres, fidèles gardiennes de nos assises sous l’arbre à palabre, arbre de dialogue, de réconciliation et de paix. Votre engagement sans faille assure sans équivoque les réussites de notre grand parti. Hommage à vous amis et sympathisants du RPR, votre fidélité, abnégation et sagesse assurent nos pas et les rendent à jamais fermes ». Peut-on lire dans les lignes. Par ces hommages, il rassure qu’il sera, dans la convivialité, l’écoute, le respect et le dialogue, le représentant de tous les Centrafricains sans la moindre différence. Plus que jamais le rassemblement devra être la norme et l’objectif sous son quinquennat.

3. Sa longue expérience au service de la nation

Tout au long de son discours, l’ancien Chef de l’État intérimaire a gardé le cap sur l’idéal. Dans un lyrisme passionnant, M. N’guendet accepte de mettre sa longue expérience politique au service de sa nation. Du simple militant du parti au sommet de l’État en passant par son siège parlementaire, « FAN » affirme que 2021 ne sera pas comme avant, ni ne sera pas une année de silence. Une manière de tacler le pouvoir en place qui laisse une grosse partie de son territoire aux exactions des groupes rebelles. Il prône la transparence financière, le redressement des comptes et la disparition des nominations qu’il qualifie de « claniques » et « partisanes ».

4. L’échec du pouvoir en place

FAN n’est pas passé par le dos de la cuillère pour qualifier le pouvoir de l’actuel Président centrafricain de favoritisme, de clientélisme, de manque de dynamisme et de quotient à l’impunité. Pour lui, le Président actuel n’a pas pu apporter de réelles solutions aux nombreux problèmes du peuple « le bilan des cinq années du régime au pouvoir reste très largement en deçà des attentes du peuple centrafricain. Comme conséquence, le pays est coupé en deux, l’autorité de l’État ne s’étendant pas au-delà d’une ligne passant par Sibut, avec plus de 80 % du territoire sous contrôle de groupes armés, continuant en toute impunité leurs exactions et crimes sur la population civile, les pillages des immenses ressources nationales des zones occupées , au détriment des centrafricains, : or, diamants, café, etc ». Il continue en ces termes « Tout cela aurait pu être différent si le Pouvoir en place avait pris une autre voie, celle de la cohésion nationale et de l’unité tout en faisant appel à toutes les compétences ». Du haut de sa tribune, le Président N’guendet n’en démord pas. Pour lui, le pouvoir actuel a failli à sa mission. C’est pourquoi il dit prendre l’engagement, une fois élu, de poursuivre la reconstruction de l’Armée nationale et des forces de défense et de sécurité, en visant en priorité à en faire un outil de défense véritablement républicain et d’adopter d’autres stratégies dans le budget de l’État pour faire face à la question de l’effectif des éléments de Forces Armées Centrafricaines, de la Gendarmerie et de la Police Nationales. Il s’engage également à faire des économies dans le but de réduire le train de vie de l’État et économiser 30 milliards de franc CFA pour former et renforcer les troupes qui auront la charge de sécuriser le territoire, les personnes et les biens.

5. Absence d’une politique étrangère dans son discours

Pour tous ceux qui le connaissent, le Président A. F. N’guendet a un carnet d’adresse riche tant en Afrique que partout ailleurs. Le passage de l’homme à la tête des plus hautes fonctions de l’État lui permettent de passer sans difficultés les portes diplomatiques de part le monde. Ceci étant, FAN n’a pas voulu évoquer une politique étrangère dans son discours et pourtant il est censé donner les principales orientations de sa politique extérieure quand on sait que les crises politiques en Centrafrique ont toujours connu une médiation politique des chefs d’État de la CEMAC en l’occurrence le Congolais Dénis Sassou N’guesso ou encore le Tchadien Idriss Déby Itno. Oubli, ou simple refus ? Pour certains observateurs de la vie politique centrafricaine, dans de pareils discours politiques, l’orateur ne peut tout dévoiler. Non seulement il doit se garder d’indispensables marges de manœuvre, mais il lui faut aussi pouvoir agir par surprise, sinon par ruse, et donc laisser dans le non-dit certaines de ses stratégies. En politique étrangère, la pensée doit être « complexe » et « subtile » dit-on souvent. Dans un pays comme la République Centrafrique où l’on remarque un clignotement incessant d’un immense signal d’alarme qui indique un niveau inquiétant de désintérêt d’un nombre considérable de citoyens à la gestion de la chose publique, le Président du RPR veut avant tout réserver une grande place à son peuple, à la participation citoyenne et du pouvoir citoyen, ainsi que par l’évaluation de la place réelle qu’y occupent les représentants du peuple « je connais les attentes de notre Peuple, pour la paix, la sécurité, le développement et le progrès. C’est pourquoi, je m’engage solennellement, une fois élu, à faire du rassemblement, du dialogue, de la recherche du consensus et de la réconciliation, le socle de mon action ».

6. Le suremploi du « je »

Ce pronom personnel qui apparaît dans les discours politiques au XXIè siècle est visible dans plusieurs discours d’hommes politiques tant en Afrique qu’en Europe. Cet ethos ( l’accent sur la dimension corporelle du discours, au-delà d’une opposition empirique entre oral et écrit), le Président N’guendet le partage avec des Présidents comme François Mittérand, Nicolas Sarkozy ou encore Abdoulaye Wade « Je m’engage à assurer une éducation de qualité dispensée aux jeunes centrafricains de toutes les couches et régions, en privilégiant la promotion de l’enseignement scientifique, professionnel, technique, et l’esprit d’entreprise de programmes d’auto-prise en charge. Je m’engage à garantir l’accès à des soins de santé adéquats pour tous, l’amélioration de l’habitat, de l’hygiène, de l’accès à l’eau potable, à l’énergie renouvelable, le développement des télécommunications et de l’internet. Je m’engage à renforcer les réformes de l’Administration afin de doter les services publics administratifs de cadres et agents bien formés, compétents et qualifiés, de les rapprocher de la population. Je m’engage à traduire dans les faits la loi portant organisation et fonctionnement des collectivités territoriales. Je veillerai à doter ces collectivités locales des moyens financiers et humains nécessaires à leur développement. Je m’engage à veiller à ce que l’exploitation des immenses ressources naturelles, du sol et du sous – sol de la République Centrafricaine, soit menée dans l’intérêt du peuple centrafricain, et en respect de l’environnement et ceci dans la transparence ». Le suremploi de « je » a deux dimensions ici : premièrement c’est l’effet à produire qui est au centre de l’intérêt, deuxièmement il est axé non seulement sur les objectifs pragmatiques mais aussi sur la présentation de soi qui fait partie indissociablement des rites d’interaction et apparaît comme la base fondamentale des interactions de la vie sociale (sociologie, microsociologie, analyse du discours). En utilisant cette caractéristique, le président du RPR apparaît comme un leader qui veut et qui sait prendre les choses en main. Il veut rassurer son peuple de sa disponibilité à tenir ses engagements tout en créant un réseau de proximité et d’efficacité avec ce peuple.